Les couleurs donnent un sens, même sur une carte
5 05 2009Catégorie : Graphisme
Tags: carte, Graphisme, infographie, sémiologie des couleurs, sens de lecture
« Il faut donner du sens à vos cartes géographiques ! Même le résultat d’un exercice doit avoir du sens ! » qu’elle disait notre prof d’Illustrator, s’énervant sur un élève qui avait eu l’idée de mettre un fond dégradé arc-en-ciel aux mers de la carte de l’Europe. Je me suis souvenue de ce cours en voyant les légendes de cartes de France sur les atteintes aux biens et aux personnes sur le site du Figaro que m’a envoyé mon ami François Houste.
Voici les cartes que j’ai redimmensionné afin de les visualiser d’un seul coup d’œil. Les cartes et l’article original « La nouvelle carte deFrance de l’insécurité » sont toujours accessibles en ligne.
Une sémantique graphique au service d’un titre anxiogène
Quand on illustre une carte parlant de sécurité, généralement on pense à utiliser les couleurs de la sécurité classiques : vert (zéro danger), orange (‘faut faire attention) et rouge (ouhla ne sors pas sans ton gilet pare-balles !) à l’image de nos feux de signalisation tricolores qui sont des couleurs vives qui interpellent l’œil immédiatement. Ici on est dans un champ de couleur proche du code couleur militaire (gamme des kakis de camouflage, des rouges non vifs proches des marrons).
A titre personnel et professionnel, je n’aurais pas choisi cette sémantique graphique qui théâtralise trop les résultats et pouvant être interprétée par les lecteurs de manière anxiogène (insécurité civile, danger, peur).
Est-ce que c’est un sens qui a été donné volontairement ? Est-ce un choix délibéré de la rédaction ? Je ne sais pas. Pourtant plusieurs détails me font penser que ce n’était pas le but premier.
Tout d’abord, un problème technique : la carte me paraît avoir été faite en quadri et passée en RVB on a cet aspect gris et fadasse assez typique d’une conversation via Illustrator. Pour ma part, quand j’obtiens ce type de résultat d’un passage CMJN à RVB, j’applique un profil Adobe 1998 ce qui redonne un aspect lumineux. Je pense que sur la version papier du Figaro (que je n’ai pas, j’aurais aimé cependant vérifier) les couleurs sont plus vives.
L’impression de couleurs militaires est accentué par le fait que les couleurs semblent être appliquées avec une transparence (80 % ?) sur une carte contenant des reliefs et non des aplats. De ce fait, les couleurs se superposent et donnent ainsi un rendu final différent que les couleurs annoncées en légende. Ce qui rend la lecture de la carte un peu difficile pour peu que l’on ait un écran mal calibré ou pas lumineux. Le rouge foncé des « 10 ‰ et plus » se transforme en une sorte de rouge « sang séché », le orange devient « terre pourrie » et ainsi de suite…

Un autre point me dérange dans cet axe de lecture : la légende elle-même et le choix de la gamme des couleurs choisies. En effet, pourquoi choisir un vert plus clair pour « 5 et 6‰ » et un vert plus foncé pour « 3‰ et moins » ? Ca ne me semble pas être cohérent. De ce fait, si on ne fait pas attention lors de la lecture, on peut lire que dans le département de la Manche il y a plus d’atteintes aux biens que dans les Deux-Sèvres alors que c’est le contraire.
(je l’ai toujours dit moi que ça craignait les deux-sèvres)
Voici donc la gamme de couleurs que je propose. Elle va du rouge au jaune très clair, le vert reprenant le sens qu’on lui connaît en signalétique routière pour les zones sans problème. On évite donc les kakis militaires dans le camaïeu.

Finalement la remarque de cette enseignante était pertinente et justifiée, en tant que graphiste nous devons être attentifs aux couleurs que nous choisissons, au sens que les couleurs portent et véhiculent, d’autant que nous sommes censés les connaître et les décoder.
Nan c’est sûr, ça craint les Deux-Sèvres. Tu veux pas nous repeindre la carte avec ta légende ? =D
A noter que ce sont des “pour mille” et non des “pour cent” dans la légende. C’est expliqué sans l’être dans les 2 lignes de texte mais bon, on est pas à ça prêt de la part du Figaro. Ca me fait penser à Loic Le Meur qui vantait sans légende l’explosion de l’utilisation de son service : http://www.flickr.com/photos/loicle…