Relais : stop au “free pitching”

Pour commencer, on va définir ce qu’est le « free pitching » qu’on pourrait traduire par « boulot gratos ». En pratique, c’est un designer (ou une agence) qui répond à un appel d’offre ou concours sans aucune contrepartie financière. Et c’est là où il faut faire attention : c’est une pratique déontologiquement discutable pour l’avenir de nos professions.

Bien entendu chacun fait comme il le veut. Mais, mais, sur le long terme est-ce vraiment payant ? Je vais reprendre la définition de l‘Alliance Française des Designers : un designer est « celui qui dessine à dessein ». C’est à dire qu’il est concepteur par nature et qu’un créateur devrait être rémunéré pour tout travail.
Le free pitching se pratique le plus souvent lors d’appels d’offres, de concours et même d’entretiens. Je me souviens d’une agence qui m’avait envoyé une photo à retoucher pour évaluer les compétences des candidats aux retouches photos. Amusant car un ami qui avait répondu à la même annonce, avait lui reçu une photo différente de la mienne ;-)
La création, aussi spontanée soit-elle, est le fruit d’une réflexion plus moins longue et complexe en amont. Ce processus de réflexion est indissociable de tout projet graphique. Pas de réflexion, pas d’idée… Pourquoi ne pas rémunérer tout travail accompli, même s’il n’a pas été retenu au lieu de rémunérer uniquement celui qui a remporté l’appel d’offre ? Comment un client peut-il prendre conscience du travail réel que représente son projet ? Notre métier souffre déjà bien suffisamment d’une image d’adulescents totalement déconnectés de la réalité et non de gens un minimum sérieux et profesionnels qui prennent le temps de réfléchir à une problématique graphique précise.
Sur ce point, je pense d’ailleurs que les écoles devraient appuyer un peu plus leur cursus sur l’aspect économique du métier et pas seulement artistique : à ma sortie d’école, je ne savais pas faire un devis ou ni encore moins éditer une note d’honoraire.

Bien sûr, quand on est débutant c’est tentant. Cela permet d’élargir son book, de montrer ses compétences, ses talents, de rencontrer des gens… Sans oublier certaines agences à la déontologie parfois légère ont un discours plutôt bien tourné. Qui n’a jamais entendu : « tu me fais deux-trois propositions de maquettes mais si aucune n’est retenue par notre client, on te paye pas. Mais ça va peut dire que tu n’as pas de talent, tu pourras toujours les mettre dans ton book, c’est une belle référence quand même coco ce projet mais bon tu sais nous on se marge pas trop sur ce projet déjà si on remporte l’appel d’offre, alors te payer pour un truc même pas retenu… » me jette son clavier ;-)

Cette pratique courante (je pense même que cela est à limite de la légalité) malheureusement nuit à l’image de notre métier et tue petit à petit la création. Il est parfois difficile de travailler de façon carrée, sans abus de la part du client ou du prospect. Ne pas savoir poser des limites c’est aussi se dévaloriser, dévaloriser la valeur que l’on donne à son travail mais aussi dévaloriser toute une profession. Exception faite bien entendu à des projets qui nous tiennent à cœur (caritatifs, coup de cœur pour donner un coup de pouce, etc).

Donc comment ne pas se faire avoir ?

Quand un client vous parle d’un projet sans qu’il ne parle explicitement de rémunération en contrepartie : il faut impérativement provoquer la discussion sur ce point. Je sais que c’est difficile quand on débute de parler d’argent mais c’est ce qui va déterminer si ce mois-ci on peut s’offrir un Leica M8 ou pas ;-)
J’ai eu comme ça un gusse qui m’avait contacté pour me proposer une refonte de son logotype et qui voulait que je commence à lui faire des propositions très rapidement, sans jamais me parler rémunération. Comme je ne sentais pas trop ce monsieur et que je ne le connaissais pas du tout, je lui ai gentiment indiqué qu’avant de débuter la commande, je lui enverrais un devis. Je ne sais plus qu’elle était sa réponse précisément mais c’était du genre : je n’ai pas le temps de m’occuper de faire la refonte maintenant, finalement je garde mon logo tel quel… Je pense si je lui avais présenté quelques propositions, j’attendrais encore d’être payée ;-)

Quand un client demande un premier boulot, puis un autre, sans avoir signé de bon de commande… le bon de commande est la preuve d’une commande comme son nom l’indique. Pas de bon de commande signé, pas de boulot débuté. C’est une règle dans la pratique que je ne respecte pas toujours avec mes propres clients mais ce sont ceux en lesquels j’ai une entière confiance. Par contre, j’établis toujours un devis ou on discute des prix par mail avant de débuter un boulot pour partir sur des bases saines.

Quand un client ou un appel d’offre exige la production de maquettes ou la conception de la totalité d’un projet sans prévoir aucune rémunération, prétextant tester le graphiste en situation réelle. Dans ces conditions mieux vaut décliner l’offre. Nos books sont les garants de nos compétences et de notre talent et je me suis aperçue lorsque je faisais du recrutement qu’un book ment rarement.

Pour en savoir plus et réflechir à cette pratique, je vous invite à :
télécharger l’appel de l’Alliance graphique internationale (AGI)
– à lire « Dites NON aux idées gratuites » de l’association Française des Designers (AFD)

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